31.08.2026
L’environnement au service de l’IA – les impacts environnementaux de l’informatique
La consommation de services informatiques, dont fait partie l’IA, n’a jamais été aussi importante que ces dernières années et ne cesse d’augmenter. Cependant, la mise à disposition de ces services informatiques a de nombreux impacts, en particulier sur l’environnement.
Un article de Julia Paolini, membre ffu-pee, tiré du forum 2-2026
L’évaluation des impacts
L’informatique a été identifiée en 2020 comme étant responsable de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. La particularité de ce domaine est la rapidité d’augmentation de ses émissions (+ 6 %/an en moyenne au niveau mondial), en partie due à la généralisation de l’IA. Comme cette thématique est complexe, cet article présente ici quelques clés de compréhension mais n’est pas exhaustif.
L’analyse de cycle de vie (ACV) est un outil qui permet d’évaluer les impacts environnementaux d’un produit ou d’un service pendant toutes les phases de son cycle de vie. Il est originellement utilisé pour comparer deux produits ou services ayant la même fonction et permettre de choisir celui ayant le moins d’impacts.

European Commission – Green Forum: Phases du cycle de vie d’un produit ou d’un service (CC BY 4.0)
Les premières phases de l’ACV concernent la fabrication, comprenant par exemple l’extraction des matières premières, la fabrication de composants et/ou du datacenter, l’assemblage du produit. La phase d’utilisation concerne les impacts générés lors de l’utilisation du produit ou service par l’utilisateur. Les dernières phases (le réemploi, le recyclage et la gestion des déchets) concernent la fin de vie. La phase de distribution concerne tous les déplacements qui doivent être effectués pendant tout le cycle de vie.
Les ACV évaluent les impacts selon plusieurs catégories d’impact, comme par exemple le changement climatique (où sont comptabilisés les gaz à effet de serre), l’appauvrissement de la couche d’ozone, l’utilisation des terres, l’utilisation de l’eau, l’épuisement des ressources minéraux et métaux. Il est capital de prendre en compte plusieurs catégories d’impacts afin d’avoir une approche holistique permettant de prendre conscience des interdépendances et des co-bénéfices afin de pouvoir faire des choix plus éclairés.
Comment ça marche pour l’informatique ?
Afin de se représenter ce qui est nécessaire pour avoir accès à des services informatiques, nous pouvons examiner une action que nous réalisons quotidiennement, telle que la consultation de sa messagerie électronique : nous avons besoin d’un terminal utilisateur (par exemple un ordinateur) pour interroger, à travers les réseaux de communications, le serveur de messagerie se trouvant chez un prestataire de services. Ces derniers hébergent leurs matériels dans un ou plusieurs bâtiments spécifiquement conçus à cet effet appelés centres de données ou datacenters, qui nécessitent des équipements spéciaux pour assurer la continuité de la distribution de l’électricité en cas de problème.
Si nous reprenons l’ACV, il faut considérer les éléments que nous avons mentionnés précédemment pour chacune des phases ! Dans le domaine informatique, les impacts lors des phases de transport et fin de vie sont pour l’instant minimisés à cause de la difficulté à les collecter les données.
Les impacts environnementaux se situent donc à plusieurs niveaux :
- À l’international, par exemple lors de l’extraction des matières premières (mines) nécessaires à la fabrication du matériel informatique,
- Au niveau national ou régional, en fonction du mix énergétique utilisé (répartition des différentes sources d’énergies primaires consommées dans une zone géographique donnée, celles-ci pouvant être plus ou moins carbonées),
- Localement, à l’échelle du datacenter, en rapport à la consommation électrique, mais aussi au bruit et à la pollution générée par les générateurs de secours.
Les particularités de l’IA
En 2025, Google et Mistral ont publié des résultats d’ACVs de leur Large Language Model (LLM). Cependant, comme les périmètres d’analyses diffèrent et que le détail des analyses n’est pas accessible, les résultats ne peuvent pas être comparés. De plus, il faut avoir conscience que ces chiffres doivent être compris comme étant des estimations, et non pas des mesures, et qu’il y a donc un certain degré d’incertitude.
Depuis l’essor de l’IA, la construction des datacenters pouvant héberger les infrastructures informatiques augmente elle aussi, ainsi que leur consommation électrique. L’agence internationale de l’énergie (IEA) a publié en 2024 un rapport dans lequel elle prévoit la consommation électrique liées aux datacenters standards, ceux dédiés aux cryptomonnaies et ceux dédiés à l’IA en 2026. On observe une nette augmentation surtout pour la première et la troisième catégorie, cette dernière étant estimée à environ 50TWh en 2026 (à titre de comparaison, la Suisse a consommé 57TWh en 2024).

Rapport IEA: Electricity 2024- Analysis and forecast to 2026 (CC BY 4.0)
A cela s’ajoute que le matériel utilisé par l’IA est renouvelé plus fréquemment que pour d’autres types d’usages, ce qui génère donc une augmentation de production de matériel notable et donc des impacts environnementaux qui y sont liés, sans mentionner les impacts sociaux ! D’autres aspects tels que la sécurité des données partagées, la souveraineté, les impacts sociétaux (sur les capacités d’apprentissage, sur l’avenir des types de travail, etc.) et l’évolution des prix est à prendre en compte. D’autres solutions autres que les grands modèles fournis par les grandes entreprises majoritairement américaines sont possibles. Il est donc crucial de questionner nos besoins et nos usages afin de limiter les externalités négatives.
Links:
The Shift Project: https://theshiftproject.org/thematiques/numerique
Cartographie IA générative : https://cartography-of-generative-ai.net
L’IA en perspective : https://iaep.be/map